Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

1968. Fins et suites

Par Georges Ubbiali

Feu les éditions La Brèche ressuscitent le temps de publier une anthologie des textes de deux de ses dirigeants, consacrés à l’événement Mai 68. Le livre se compose de trois parties, respectivement consacrées au vingtième, trentième et quarantième anniversaire de Mai. En fait, en ce qui concerne les 20 ans de Mai, il s’agit d’un texte unique ; la contribution des deux auteurs publié par La Brèche dans le livre collectif, Mai si ! Rebelles et repentis. À lui seul ce chapitre occupe d’ailleurs la moitié du recueil. Ensuite, il s’agit de tribunes libres, beaucoup plus courtes, publiées essentiellement sous la plume de Daniel Bensaïd dans divers titres de presse (Le Monde, Libération, L’Humanité, etc.). Le premier texte concentre l’essentiel de l’analyse de l’événement. Contre toutes les réductions de Mai à l’irruption d’un moment festif et libertaire, les deux complices s’efforcent d’insister au contraire sur le caractère profondément subversif de Mai, sur la centralité de la grève générale et donc de l’ancrage de classe de 1968. Cette interprétation forgée dans le texte fondateur se décline ensuite, au fil des décennies, non d’ailleurs sans une certaine répétition, au fil des supports. Bensaïd exprime tout le bien qu’il pense du livre de Kristin Ross, polémique avec Henri Weber (avec qui il avait signé en 69, Mai 68, la répétition générale) devenu entre-temps sénateur socialiste, s’en prend à Nicolas Sarkozy à propos de sa haine de Mai. De cet ensemble cursif, ainsi que le veut le format de la tribune libre, on retiendra celle écrite lors du trentième anniversaire de Mai, développé dans l’Humanité, sous le titre « Le Parti Communiste a-t-il raté Mai 1968 ? ». La réponse est sans appel : oui, complètement.

Cette anthologie qui se conclut par l’évocation d’un très beau poème d’Erich Fried, en appelle non à la tarte à la crème du devoir de mémoire, mais à un « devoir d’irréconciliation », contre tous les reniements dont une partie de ceux qui ont fait la génération 68 ont su faire preuve. À sa manière, ce recueil représente un appel à conjuguer mai et ses potentialités subversives au futur.

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