Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

Bernard Chamayou

Actualité de la dépossession

À propos de l’essai de Daniel Bensaïd : « Les Dépossédés, Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres [1] ». Ce livre bref révèle « l’actuel encore actif [2] » dans les articles de Marx écrits pour La Gazette rhénane en 1842 [3].

Par rapport à d’autres ouvrages de Daniel Bensaïd, Les Dépossédés [4] est un texte classique, un classique contemporain : un texte homogène, dense, qui a les qualités de l’écriture silencieuse mais qui autorise la lecture à voix haute ; il est mesuré, mais non modéré, tenu, mais non bridé, ferme, mais non sec.

Daniel avait quelque chose de l’« homme de lettres » qu’évoque Hannah Arendt, dans un essai sur Walter Benjamin [5]. Elle en rappelle les origines : le rentier entouré de livres de la France prérévolutionnaire, gardant ses distances « vis-à-vis de l’État et de la société ». Cet « homme de lettres » devient révolutionnaire au XVIIIe siècle.
Aux XIXe et XXe siècles, la catégorie se divise entre les « hommes de culture » et les « révolutionnaires professionnels ». Hannah Arendt ajoute : « Si je fais allusion à cet arrière-plan historique, c’est seulement à cause de la liaison unique chez Benjamin, entre l’élément de culture et l’élément révolutionnaire. »

Les années de formation de Daniel ont croisé la révolution et la littérature : au programme de l’option lettres que suivait Daniel en classe préparatoire dans les années soixante, figuraient Louise Labé, Pascal, Péguy : on sait l’importance affective et intellectuelle que ces auteurs ont gardée pour lui.

Comment faire jouer, ici, culture et révolution, autrement que par la paraphrase ou l’analyse ? Comment tenter une approche ponctuelle, biaisée, multipliant les voies d’accès sans jamais perdre de vue le concept central : celui de propriété ?

La forme du dictionnaire s’est imposée soudain : un petit dictionnaire alphabétique et raisonné, une boîte à outils, un mode d’emploi dont l’apparente modestie parviendrait à restituer la rigueur d’une variation conceptuelle de philosophie politique sur les incidences politiques d’une histoire de bois mort faisant exploser la question de la propriété dans tous ses états, propriété qui était déjà pour Proudhon « le plus grand problème que peut poser la raison ».

Dictionnaire des idées non reçues sur la propriété

Mode d’emploi ludique de l’essai de Daniel Bensaïd Les Dépossédés

Présentation
Les articles de ce dictionnaire sont uniquement composés d’extraits du livre de Daniel ; les citations dans les citations sont aussi celles qu’il avait choisies.

Cette disposition et les ressources de l’informatique permettent plusieurs lectures : une lecture linéaire selon l’ordre alphabétique (lecture classique de l’autodidacte), une lecture sélective selon les entrées (lecture de la chercheuse ou du chercheur), une lecture aléatoire au fil des intérêts du moment (lecture de la flâneuse ou du flâneur), une lecture détachée ne prenant en compte que les passages soulignés (lecture du dandy, homme ou femme, si tant est qu’il existe des dandies femmes et que cela soit souhaitable…), une lecture stratégique (lecture de la militante ou du militant), une lecture critique (lecture du censeur – évitons le féminin, cela pourrait prêter à confusion !), une lecture organisée selon les parcours indiqués que le support numérique permet d’activer par de simples clics (lecture de la joueuse ou du joueur), et bien d’autres… à expérimenter.

 


Parcours

Dictionnaire

● Dominantes

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Notes

[1] Éditions La fabrique, Paris, 2007.

[2] Daniel Bensaïd : « Considérations inactuelles sur “L’actuel encore actuel” du Manifeste communiste », Contretemps n° 9, p. 107.

[3] « Débats sur la loi relative au vol de bois », Reinische Zeitung, entre le 25 octobre et le 3 novembre 1842. Articles cités en annexe de Les Dépossédés, p. 91-119.

[4] Titre qui résonne comme une fausse antithèse de celui du roman de Dostoïevski : Les Possédés

[5] Hannah Arendt, Walter Benjamin, 1892-1940, Éditions Allia, Paris 2007, p. 63-65.