Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

Marx, mode d’emploi

Par Jean-Guillaume Lanuque

Dans le prolongement de ses récents écrits gravitant autour de Marx  [1], Daniel Bensaïd livre avec cet ouvrage, édité par un label dépendant de La Découverte et illustré de manière grinçante par Charb, une approche relativement vulgarisatrice de l’œuvre de Marx ; on n’est guère éloigné ici de l’Introduction au marxisme signée Ernest Mandel, d’autant que la fin de chaque chapitre fournit à l’identique l’occasion de quelques orientations bibliographiques et que le dernier chapitre est consacré à une réflexion plus théorique sur la réflexion dialectique de Marx. Les citations mises à contribution sont nombreuses, et après une brève approche biographique courant jusque 1848, Bensaïd s’arrête sur les principaux aspects de l’élaboration marxienne, tout en en profitant pour tracer des liens avec la situation actuelle. Les fondements sociaux de sa critique de la religion conduisent ainsi à critiquer l’athéisme idéologique d’un Onfray, et les partisans de la « deep ecology  » ne sont pas oubliés non plus, d’autant que les linéaments d’une critique anti productiviste chez Marx sont ici valorisés.

Bensaïd explore successivement les classes sociales (reprenant au passage la définition de Lénine, celle de Marx étant en perpétuelle élaboration !), le thème de la « discordance des temps » quant à l’approche d’une histoire profane et non téléologique (balayant au passage tout déterminisme économique), la critique de l’État moderne, de sa bureaucratie et du théâtre de la représentation politique. On retrouve logiquement le modèle pratique à l’œuvre dans l’expérience de la Commune de Paris, avec une insistance marquée par l’histoire du XXe siècle sur la « coopération généralisée » plutôt que sur une « étatisation autoritaire », contre le « mythe d’un Marx étatiste et centralisateur à outrance » (p. 89). Sur la conception du parti, Bensaïd insiste sur l’intermittence de Marx et Engels comparativement à un Lénine  [2]. Quant au gros morceau du Capital et de son élucidation du fonctionnement capitaliste, l’auteur le traite comme un véritable roman policier, en insistant particulièrement sur les crises de surproduction comme inhérentes à l’économie capitaliste. Une leçon de choses bienvenue.

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Notes

[1] Voir en particulier Karl Marx. Les Hiéroglyphes de la modernité, ou plus récemment Les dépossédés et sa préface à Inventer l’inconnu.

[2] Un exemple supplémentaire de l’inscription maintenue de Bensaïd dans l’héritage léniniste : la distinction entre classe et parti, défendue par le leader bolchevique, susceptible d’ouvrir à ses yeux au pluralisme politique…