Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

Parcours Proudhon

42. Socialismes

« La critique de la propriété est donc bien à la naissance et au cœur de toutes les variantes de socialisme qui surgissent au XIXe siècle de la résistance au capitalisme triomphant. Il n’est donc pas étonnant que Marx, conduit à s’y intéresser pour la première fois à propos de la législation rhénane sur le vol de bois, ait salué dans La Sainte Famille l’essai de Proudhon comme “un grand progrès scientifique”, d’une importance comparable à ses yeux pour la politique moderne au fameux pamphlet de Siéyès sur le tiers état », p. 48.

44. Souveraineté sociale

« Pour Proudhon, “l’eau, l’air et la lumière sont des choses communes, non parce qu’inépuisables, mais parce qu’indispensables”. Pareillement, la terre, étant indispensable à notre conservation, est donc inappropriable : “en deux mots, l’égalité de droit est prouvée par l’égalité des besoins”. La “souveraineté sociale” s’oppose ainsi à la “propriété individuelle” comme une “prophétie de l’égalité” et comme un “oracle républicain” », p. 73.

21. « Impropriétaires » et « caractère insocial »

« Dans Philosophie de la misère, Proudhon reprend les thèmes abordés dans Qu’est-ce que la propriété ? Il s’efforce de les intégrer à une vision élargie de l’économie politique. C’est, écrit-il, “le plus grand problème que peut poser la raison”. Car la propriété est “essentiellement contradictoire”. Elle associe le droit d’occupation et le droit à l’exclusion, le prix ou la récompense du travail et sa négation pour ceux que l’on appelle encore les impropriétaires, la prétention à la justice et la légalisation du vol. […] Poussée à ses ultimes conséquences, la propriété manifeste ainsi pleinement son caractère “insocial” et révèle que, dans son expression la plus simple, elle n’est jamais que “le droit de la force” », p. 51-52.

23. Légitimation de la propriété par le travail

« C’est pourquoi les juristes ont dû abandonner la théorie du droit d’occupation “pour s’attacher à celle qui fait naître la propriété du travail [1]”. Cette légitimation de la propriété par le travail est en effet au cœur du traité sur le gouvernement civil de Locke. […] Proudhon réplique en substance que si le travail fonde le droit de propriété, nul ne devrait pouvoir en être dépossédé. Or, fonder le droit à la propriété privative sur le travail ne peut être un principe universalisable. La propriété exclusive des uns a en effet comme corollaire nécessaire la privation de propriété des autres. Pourquoi, demande Proudhon, “le bénéfice de cette prétendue loi restreint au petit nombre est-il dénié à la foule des travailleurs” ? […] Question assassine ! À laquelle il donne lui-même la célèbre réponse : “La propriété, c’est le vol ! Voilà le tocsin de 93 ! Voici le branle-bas des révolutions !” », p. 46-47.

 

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Notes

[1] Proudhon.