Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

Parcours droit(s)

14. Droit des possédants/droit des possédés

« Au lieu de considérer, comme la plupart des socialistes français de l’époque, la propriété comme une catégorie juridique illégitime, Marx l’analyse donc, dès L’Idéologie allemande, comme “un mode de relation nécessaire à un stade de développement des forces productives”. Il en vient ainsi à séculariser et relativiser une notion de justice qui varie historiquement. Il n’y a dès lors plus guère de sens à déclarer l’exploitation injuste, ou à dénoncer la propriété comme vol, sans plus de précisions. Ce sont en réalité deux conceptions du droit qui s’affrontent, droit contre droit, celui des possédants contre celui des possédés. Entre les deux c’est bien la force qui tranche », p. 56-57.

15. Droits opposables

« la question de la propriété et de l’appropriation sociale surgit de tous les pores de la société. Sous la pression de la campagne d’opinion des Don Quichotte et de Droit au logement, le Parlement a voté à l’automne 2006 une loi instituant un “droit opposable” au logement. Opposable à quoi et à qui ? Aux pouvoirs publics, en théorie, par un recours en justice s’ils sont dans l’incapacité d’assurer un logement à ceux qui en font la demande. Mais ce droit à avoir un toit devrait surtout être opposable au droit de propriété, qu’il s’agisse de la réquisition des locaux et logements vacants, ou encore des terrains à bâtir, lorsque les municipalités comme celles de Neuilly invoquent leur pénurie pour justifier l’absence de logements sociaux sur le territoire de leur commune », p. 84.

45. Titres de propriété, titres de nécessité

« L’enjeu de la nouvelle législation [1] est bien de faire valoir le droit de propriété, en distinguant vigoureusement les titres de propriété des titres de nécessité, une économie d’échange d’une économie de subsistance. L’évolution du dispositif de sanctions pénales institutionnalise en conséquence de nouvelles formes de délinquance et de criminalité sociale », p. 16.

12. Droit de détresse

« Ce droit de détresse [2] n’est donc pas une “concession gracieuse”, une forme publique et compassionnelle de la charité, mais bel et bien un droit opposable au droit de propriété dans des situations d’urgence sociale.
Prenant la défense du correspondant de Moselle de la Reinische Zeitung contre les attaques du président de la Diète von Schaper, Marx utilise lui aussi le terme de “détresse”. Dans l’article du 15 janvier 1843, il justifie le style rugueux de celui “qui perçoit de façon immédiate et fréquente la voix impitoyable de l’indigence où se trouve le peuple”. C’est alors un “devoir politique” que de tenir publiquement “ce langage populaire de la détresse” », p. 38.

 

Retours

Parcours de dominantes

Dictionnaire

Actualité de la dépossession

Haut de page

Notes

[1] La proposition de loi soumise à la Diète rhénane au nom de Frédéric-Guillaume concernant les « dérobements de bois ».

[2] « Pourtant Hegel affirmera encore, dans ses Principes de la philosophie du droit, le primat de “droit de détresse” sur le droit de propriété », p. 37.