Tous les textes du philosophe Daniel Bensaïd.

Daniel Bensaïd

avril 1974

Vive le Front communiste révolutionnaire

Ça branle dans le manche.

Si Mitterrand est élu, il faudra se battre pied à pied. Contre les compromis, les ouvertures à la bourgeoisie. Refuser tout gouvernement de coalition. Exiger la dissolution de l’Assemblée. Imposer sans délai l’expropriation des grands trusts. Combattre le sabotage économique de la bourgeoisie. Organiser la vigilance ouvrière contre les complots réactionnaires. Étendre le contrôle ouvrier sur la production. En basculant les projets timorés, légalistes, défaitistes de l’Union de la gauche, qui prête déjà serment aux lois du Capital, à la Constitution gaulliste, et affirme son respect du profit.

« Avancer sans tergiverser ». Tel était le mot d’ordre, tardif hélas, de la classe ouvrière chilienne, dressant ses organes propres, les cordons industriels, face à un Parlement paralytique et une armée de sabre-peuple !

Si Chaban ou Giscard succède à Pompidou, nul répit. Avant qu’ils n’imposent l’austérité et planifient le chômage, il faudra étendre et généraliser la mobilisation ouvrière. Pour la satisfaction immédiate des revendications. Sans laisser le temps de récupérer à ce régime en sursis.

C’est pour préparer ces luttes que nous appuyons une candidature Piaget au premier tour. Capable d’incarner et de populariser ce que la classe ouvrière a appris depuis 1968 de sa propre expérience. Capable d’unir ceux qui ne font pas confiance aux dirigeants banqueroutiers de l’Union de la gauche. Capable de faire entendre ceux qui se battront pour la victoire du socialisme, pour que la France ne soit pas le Chili.

Si le ralliement des dirigeants du PSU à l’Union de la gauche et le sectarisme de Lutte ouvrière (refusant la candidature de Piaget, après avoir gardé des distances sectaires envers la manifestation du 21 juin, la marche sur Lip en septembre, et les comités Chili), font échouer cette candidature, alors, conscients de l’efficacité bien plus limitée, nous soutiendrons la candidature d’Alain Krivine, pour faire entendre la voix des révolutionnaires.

Au second tour, parce qu’il est le candidat du PC, du PS, du PSU et des syndicats, parce que son élection, mettant fin aux 16 ans de règne gaulliste, créerait des conditions propices à l’offensive ouvrière, nous appellerons à voter François Mitterrand, à condition qu’il ne conclue entre-temps aucune alliance avec des organisations significatives de la bourgeoisie.

Pour mener des batailles d’une telle envergure, pour assumer les tâches qui s’annoncent, pour élaborer démocratiquement la réponse nécessaire aux impasses réformistes, pour prendre la tête de la riposte aux mauvais coups de la bourgeoisie, un instrument est nécessaire.

Rouge salue la constitution du Front communiste révolutionnaire.

Rouge, 10 avril 1974

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